Dooz Kawa - Ninkasi Kao - 25/11/17 - Photo : Gabriel Boulay
- Moi c’est Nano, j’accompagne le projet de Dooz depuis quelques années, j’ai fait quelques prods et tous ses arrangements d'album. 
La tournée alors. Ca fait un moment qu’on tourne tous les week-end, on a essayé de structurer un peu nos dates, pour pouvoir emmener la musique un peu ailleurs. Là ça va bientôt être la trêve hivernale, et après, on repart avec Strasbourg et pas mal de dates, dont la Cigale à Paris en avril. Un plateau qu’on partage avec Davodka. Avec qui c’est super cool ! On représente deux choses différentes du rap, mais humainement ça passe grave !
(…)
- Il arrive un moment ou la notoriété te rattrape, j’ai vu que vous faisiez encore des petits salles, comment vous vivez la différence entre une date comme ce soir et une plus "petite" ?

- A priori, parce qu’on découvre ça, on est sûrement plus excité, par des grosses dates, maintenant a posteriori les grosses dates sont pas toujours les meilleures.
Bon, là par contre, on était à Toulouse il y avait 1500 personnes, on est arrivé là, les gens étaient à fond, c’était magique. Après c’est vrai que cette magie dans le quotidien tu la retrouves plus facilement sur une petite scène, avec une proximité  physique, tu vois, avec le publique. Comme à Chambery, une petite salle à 150 personnes, c'était génial !
Maintenant Ninkasi c’est plutôt cool parce que finalement là c’était 700, ou quelque chose comme ça. Mais les gens sont quand même au raz de la scène. Le Ninka est dans l’entre deux, c’est bien full, les gens réagissent et en même temps tu as quand même cette proximité, t’as pas de crash barrières ni rien ..
Dah Conectah- Dooz Kawa - Nano (derrière l'épaule gauche) Ninkasi Kao - 25/11/17 - Photo : Gabriel Boulay

- Vous êtes assez différent, en tout cas sûr scène mais on sent qu’il y a un fond commun, tu peux m’en dire plus ?

Davodka : « Ouais vous trouvez ? Tu sais quoi, t’es pas le premier à me poser cette question, alors que moi je trouve que non. On fait de la musique, déjà faut pas l'oublier. C’est personnel, c’est du rap personnel, c’est du son personnel, donc au final, c’est beaucoup plus logique d’être ensemble tu vois, je trouve. Je peux pas parler pour nous deux, mais, en tous cas pour moi, le rap c’est un exutoire, tu vois ? C’est des choses que j’ai vécues, des choses que j’ai vues et lui, quand j’écoute son album je pense que c’est aussi le cas. 
Davodka - Ninkasi Kao - 25/11/17 - Photo : Gabriel Boulay
- Oui, ses albums sont assez déséquilibrant et vrai c'est sûr !!..

Davodka : Et bien justement, c’est ça la force. C’est ça que j’appelle une punshline, la punshline c’est pas que le jeu de mot, tu vois. C’est justement faire passer un message et partager un sentiment. Ça, c’est une punshline. Dès que t’arrives à capter et à te reconnaitre dedans, c’est une punshline. 
Dooz Kawa - Dah Conectah - Ninkasi Kao - 25/11/17 - Photo : Gabriel Boulaye
Dooz Kawa : C’est de l’arborescence, c’est à dire que normalement une idée, ça t’amène d’un point à un autre, c’est la pensée rationnelle. Moi, le problème c’est que mon point de départ c’est un tronc d’arbre et après, ça part donc en arborescence et chaque truc peut te mener à quelque chose d’autre, et après sur l’algorithme décisionnel, c’est là qu’il faut que t’assures quoi... Et ça peut rendre schizophrène effectivement oui ...
C’est dangereux mais inspirant 

Dooz Kawa : Bah tu sais, moi, au début …Quand t’es jeune, tu cherches l’exceptionnel, et plus tu grandis, plus tu cherches les mecs normaux ? Tu dis « Ils sont où les normaux bordel ? » autour de moi y a que des borders, des schizophrènes, des gens qui sont angoissés, des poètes, des artistes .. et puis en fait, c’est quand même des cons quoi ..
- Chez toi il y a des thèmes récurrents l’amour, la tristesse, la mort tout ça, tout ça. Y a un Dooz Kawa joyeux qui court au soleil ? 

- Je suis  pas dépressif ... Non moi je vais pas trop trop mal tu vois .. C’est pas parce que tu arrives à sublimer une émotion que tu ressens que cette émotion. Tu sublimes en fait, une couleur, le monde est plein de couleurs. Les autres couleurs peut-être que je les vis, mais sans les sublimer dans la musique. 
Après je te cache pas que j’ai des moments de doutes et autre, comme tout le monde. Mais j’ai média pour en parler, j’ai un média pour exorciser tout ça... 
Y a pleins de gens qui sont des zèbres, y a pleins de gens qui ont pas trouvé le  moyen d’exorciser le ketru tu vois, et je pense que pour eux c’est plus dur. Nous on va très bien ..
Dooz Kawa - Ninkasi Kao - 25/11/17 - Photo : Gabriel Boulay
- Donc ça aide, de raper et d’écrire ​​​​​​​

- Oui ça me fait du bien .. Mais .. Après c’est les travers .. C’est les travers qui deviennent excessifs quoi ..
- Les travers ?

- C’est les travers .. Je vis un monde .. Je vis dans un monde qui est pas la réalité de ce que vivent la plus part des gens quoi .. et après c’est dure de revenir à la vie normale, entre guillemets             «normale».
- Et ça c’est du à ta personne ou du à l’univers de la musique ?

- C’est dû à la musique. Le rap nous encourage à être ce personnage-là. Moi quand j’ai écrit le Temps des Assassins. J’ai une amie, qui est quelqu’un de très cher à mes yeux, et euh .. elle m’a dit un truc,c’était pas méchant hein, mais je l’ai mal pris. Elle m’a dit « Wouah on dirait que tu es triste tout le temps ». Et euh, ça m’a fait mal .. Et elle a raison, parce que j’ai sublimé un état, mais c’est pas moi, c’est un moment quoi. Me le fait que les gens souhaiteraient que tu sois triste, c’est difficile à entendre. Mais maintenant je vais apporter du soleil un petit peu, le soleil arrive.

Tout ça c’est une courbe, c’est une sinusoïde, elle est en train de s’aplanir et quand elle sera arrivée sur l’horizontale, on ira tout droit et jusqu’au bout, on aura trouvé la vitesse de croisière, et ça sera top.
Dooz Kawa - Ninkasi Kao - 25/11/17 - Photo : Gabriel Boulay
Dah Conectah - Dooz Kawa - Nano - Ninkasi Kao - 25/11/17 - Photo : Gabriel Boulay
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