Je suis né à Bordeaux. J’en suis parti avec mes parents et ma sœur à l’âge de 3 ans pour aller vivre en Afrique. Là-bas, mon père s’est trouvé une nouvelle femme et nous a abandonnés, ma mère et moi. On a quitté l’Afrique pour Besançon alors que j’avais 10 ans.
Ma mère buvait beaucoup, elle buvait trop. C’était une bonne femme qui n’avait aucune culture et qui utilisait le fait de ne plus avoir sa fille pour picoler. Je me suis retrouvé seul. J’ai commencé à trainer dans la rue, à me faire les potes qui allaient avec, et donc faire les conneries qui allaient avec. On se faisait des tatouages, des morts aux vaches, des trucs de petits voyous à la con, on se bagarrait, on chassait du skin, on fumait, on buvait …

J’ai commencé à voler des vélos pour finalement me retrouver avec un P38 chromé dans les mains en train de braquer une bijouterie. Cette époque s’est finie pour moi dans une bagarre dans la quelle un mec a perdu la vie. C’est comme ça que je me suis retrouvé en prison à un mois de mes 18 ans. J’ai pris 5 ans, j’ai eu du bol d’être encore mineur.

Une fois en prison je me suis dit : « Bon, mon pote, t’as fait le con. Tu paies, c’est logique. Que-ce que tu fais maintenant ? Tu continues à être con ou tu essayes de rattraper ta scolarité ratée ? »

Je me suis donc mis à bouquiner. J’ai lui des pauvres bouquins, SAS des conneries comme ça, et au bout d’un moment j’ai lu Herman Hess et d’autres. Je me suis dit : « Ah, là c’est pas mal ! »
A part ça, j’ai commencé à me droguer, merci la prison. J’écrivais les lettres des potes qui ne savaient pas écrire, je faisais des dessins de leurs copines en échange de paquets de clopes. Je n’avais pas grand-chose à foutre. 

Je me rappelle de cet aumônier, il s’appelait Cachot, je ne sais toujours pas si c’était une coïncidence.

J’en suis sorti au bout de 3 ans et 8 mois pour un centre de détention du côté de Nancy où j’ai suivi une formation de plâtrier, mais je n’ai pas continué. (…)

Après mon échec dans le métier du plâtre, ma sœur m’a trouvé un job de serveur dans un piano bar. C’était une compagnie de théâtre qui m’avait embauché. Un jour, ils avaient une tournée de prévue quand un des techniciens est tombé sur une ampoule de projecteur et s’est pété les tendons. Ils m’ont demandé si je voulais prendre sa place, apprendre à construire un décor, bosser sur des lumières, des régies etc …

J’ai eu la chance de tomber sur un vieux gros bonhomme alcoolique et scénographe depuis 20 ans. Ce mec-là à commencer à me former. Je l’ai assisté pendant 2 ans.

J’ai ainsi découvert le monde du théâtre et de la création, ça m’a vraiment plu.

Ce boulot m’a permis d’arrêter complètement de bosser en tant que barman et de pouvoir partir en tournée. Assez vite j’ai été capable de faire mes propres installations lumière et son.

Ça a duré 25 ans. J’ai tourné dans toute la France et en Afrique. A 30 ans j’ai eu mon fils avec Nina, j’ai donc calmé les tournés pour finalement arrêter complètement aux alentours de 40 - 45 ans. J’étais fatigué de bouger et de cette vie décalée en permanence. 

En travaillant dans le spectacle, en fabricant des décors, j’avais beaucoup d’idées qui me passaient par la tête. Je faisais pas mal de croquis, de dessins, je me suis ensuite mis aux pastels à l’huile, et petit à petit à la peinture. Une fois que j’ai arrêté le spectacle, j’ai cherché un atelier, ce qui m’a permis de commencer la sculpture. (…)
Des gens me disent, que je me débrouille mieux en sculpture qu’en peinture. Mais pour moi l’un ne va pas sans l’autre. 

La sculpture est une sorte de reconstruction. J’ai le sentiment lorsque je sculpte qu’il n’y plus que ça qui compte, je suis totalement aspiré par l’instant présent. 

La peinture est une autre manière d’extérioriser mes « mois intérieurs » et chasser tous ces démons du passé un peu violent. C’est pour ça, je pense, que pas mal de gens trouvent que certaines de mes peintures font flipper. Quand je peins, j’efface certaines traces de merde du passé. Et ça fait du bien. Une fois un tableau fini, je le date, je le signe, je tourne une page, je me sens plus léger. 

Je peins souvent dans des états d’âme secondaires, de la tristesse, du blues, de la nostalgie, de la mélancolie, je vois ça comme une thérapie. C’est pour ça que je n’ai jamais d’idée de toile finie, ça vient comme ça. Je commence une toile, la laisse de côté pendant quelquefois 1 an ou 2, pour finalement la reprendre et la finir. 

Je ne me rappelle pas déjà avoir peint en étant joyeux. (…)
Je pense (mais c’est même sûr), qu’il y a un fond commun à l’Humain, on est tous égaux, on est tous des Hommes. 

On nait à différents endroits du globe, on a des cultures différentes, des éducations différentes, des vies différentes, mais au fond on est tous des Homme et c’est beau de voir toute cette diversité. 

A travers chaque personne on peut percevoir l’infini, je suis sûr de ça. Il ne tient qu’à nous d’ouvrir les yeux et de ne pas se fier à ce que l’on croit savoir de quelqu’un. Si tu crois savoir, tu bloques la personne, tu la tues.

Il faut être vrai. Etre vrai c’est être soi-même, ne pas tricher avec soi-même ou avec les autres. Ce n’est pas simple, mais ça peut aussi être à la fois extrêmement facile. 

J’essaye d’aller vers une « espèce » de plénitude.

Je sais que je cherche l’apaisement. C’est comme traverser une forêt obscure, humide, froide et au bout, percevoir une clairière ensoleillée pleine de lumière. J’aimerais être dans cette lumière, dans ce bien-être-là de vie.

Il faut essayer de croire en soi et de faire avec ses doutes. Celui qui est sûr de tout c’est un con fini, on en voit, mais c’est des cons. Ils ont bobonne au foyer, la voiture à crédit, la maison à crédit, la vie à crédit. Je respecte mais pour moi ce n’est pas la vérité. Chaque jour il faut franchir ses limites, sortir de sa zone de confort.
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